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ESSAI SUR LES ASPECTS JURIDIQUES DES RELIGIONS CHRÉTIENNES EN CHINE

Par
 

Daniel Arthur Laprès

Paris, janvier 2005 ­ Tous droits d’auteur réservés

 
PLAN

1. - Introduction
 

2. ­ Les origines de la chrétienté en Chine

3. ­ La chrétienté en Chine moderne
3.1 - La République
3.2. - La Révolution Communiste

4. - L’encadrement des religions chrétiennes
4.1. - L’encadrement général de la religion
4.2. - La situation des Catholiques
4.2.1. - L’époque de Mao Zedong
4.2.2. - La réforme et l’ouverture sous Deng Xiaoping
4.3. - La situation des Protestants

5. ­ Conclusion
 


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SYNTHESE

Alors que la réforme constitutionnelle du 15 mars 2004 engageant l’Etat à respecter et à protéger les droits de l’homme promettait une amélioration du respect de la liberté de religion, le State Council a promulgué le 18 décembre 2004 les Regulations on Religious Affairs (entrés en vigueur le premier mars 2005) qui ratifient le système de contrôle existant. Le Règlement comporte 48 articles répartis en 7 chapitres régissant les entités religieuses, les activités religieuses, le personnel religieux et les biens religieux. Il résulte d'un processus en cours depuis 6 ans et qui a impliqué une gamme d'autorités et de personnes concernées. Tout en remplaçant le règlement de 1994, il ne le modifie que peu. Surtout il précise les conditions d'obtention d'une licence de construction de tout lieu d'activités religieuses comportant des démarches aux niveaux du comté, de la ville et de la province.

Le Secrétaire d'Etat du Vatican, l'Archevêque Giovanni Lajolo, a officiellement reproché au nouveau règlement de violer la liberté de reiligion puisque « l'immatriculation des communautés religieuses ne peut pas être considérée comme une condition préalable à la jouissance de cette liberté ». Le pouvoir d’approuver l’ordonnation des prêtres constitute un point d’achoppement irréductible entre les autorités communistes et l’Eglise catholique.
 


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1. - Introduction

Le défi que pose nécessairement la religion à toute autorité totalitaire est séculaire en Chine. L’Empereur, comme le Parti Communiste, en tant que sources de toute autorité, dominent la religion. La liberté de religion se mesurant en indépendance de l’autorité étatique, la dialectique entre ces valeurs est radicalement conflictuelle.

Dans la Chine contemporaine, les religions chrétiennes posent un double défi aux autorités communistes qui, par principe, s’opposent autant à la constitution d’organisations réfractaires au niveau national qu’aux influences sur le territoire national d’institutions politiques étrangères. Le rôle de l’Eglise cathollique dans l’éclipse du comunisme en Europe de l’Est a marqué les espits en Chine autant qu’ailleurs et l’impossibilité d’organiser une visite papale en Chine en est une manifestation concrète.

Contrairement à une tendance quasi-universelle d’adhésion religieuse, le peuple chinois, les hans, n’est que très minoritairement fidèle à des religions et la seule des religions ayant exercé une influence sur l’histoire chinoise à être d’origine nationale est le taoïsme. Les hans ne sont pas enclins à adhérer à une « foi » et les débats dogmatiques les laissent le plus souvent indifférents, ils sont suspicieux des récits surnaturels.  Les rites ordonnent le comportement en société selon des principes moraux et éthiques.

Parmi les trois systèmes de pensée ayant exercé une influence spécialement importante dans l’histoire de la Chine dynastique, soit le confucianisme, le taoïsme, et le bouddhisme, seul ce dernier a développé une organisation assimilable à une église au sens occidental, mais jamais le bouddhisme, même à son apogée pendant la dynastie Tang, n’a atteint l’indépendance du contrôle étatique qu’ont connu les églises chrétiennes en Occident.

Une particularité du droit chinois consiste en l’absence de recours à toute notion de divinité pour en expliquer l’origine ou en justifier l’application. La loi ne découlant d’aucun précepte religieux ou moral, elle correspond plutôt à un outil d’exploitation du pouvoir politique. Le gouvernement est inspiré des principes moraux confucéens  et gagne l’adhésion du peuple par son exemple dans leur application. L’Empereur, « Fils du Ciel », règle l’ordre social en harmonie avec l’ordre naturel immanent.

Episodiquement, les religions faisaient l’objet de brimades officielles.  A quelques reprises dans l’histoire chinoise, des mouvements d’inspiration plus ou moins lointainement religieuses ont fait chanceler le pouvoir impérial. Les Turbans Jaunes ont renversé la dynastie Han et le Mouvement Tai Ping a conquis une part importante du territoire chinois au milieu du 19ième siècle.

Les contacts avec les religions étrangères remontent à presque deux millénaires. C’est alors que la Chine accueille les délégations de diplomates « barbares » accompagnés par des marchands et des ecclésiastiques venant à la capitale pour rendre hommage à l’Empereur et lui remettre des offrandes. Les religions étrangères, et plus particulièrement le bouddhisme, ont joui de traitements favorables surtout quand des souverains étrangers dominaient la Chine. Ainsi, les étrangers ont été particulièrement bien accueillis par les Mongols (s’agissant par exemple de Marco Polo) et par les empereurs Qing, en tout cas au début de la dynastie.

Dans l’histoire chinoise, les religions chrétiennes sont restées des mouvements marginaux sur le plan national tout en ayant une influence plus significative dans certaines régions du pays, notamment dans le Hebei, le Fujian et le Guangdong.

 La conformité de la réglementation chinoise avec le droit international est contestée.
 

2. ­ Les origines de la chrétienté en Chine

La dynastie Tang la Chine était au sommet du développement économique et culturel et exerçait une grande force d’attraction à l’étranger, attirant à sa capitale Chang An (l’actuelle Xian) plusieurs milliers de marchands et d’aventuriers étrangers. Une ambassade perse a été ouverte en 638 et selon certaines sources une ambassade byzantine a été établie en 643. En 631, il a été enregistré l’arrivée à la Capitale du premier moine chrétien, A Lo Ben (aussi dit Reuben), missionnaire nestorien, secte d’origine syriène qui s’était répandue en Perse au cours des 5ième et 6ième siècles. L’Empereur Tai Zong a été favorablement impressionné par ses exposés. En 638, l’Empereur a autorisé le prêche de la Bible et la construction d’églises chrétiennes. Une église a été construite en 638 et la présence nestorienne a perduré au service essentiellement des étrangers d’originaires d’Asie Centrale. Un récit des enseignements nestoriens a été inscrite sur un monument en 781 dans l’église nesteorienne. Connue sous la désignation « grands textes religieux des perses », cette religion a connu des traitements différents selon l’Empereur qui était sur le tröne.  Comprise dans la proscription des religions étrangères édictées au cours des anénes 842-845,  le culte nestorien a été évacué du terrtoire chinois parmi les peuples turcs et mongols. La foi nestorienne a refait surface en Chine avec l’arrivée au pouvoir des mongols à Yang Zhou et à Hang Zhou mais sans laisser de traces durables.

Pendant la dynastie Yuan, la pax mongolia s’étendant jusqu’en Occident, la sécurité était relativement assurée sur les routes d’Asie Centrale et les missions intercontinentales se sont développées. En 1229, les relais postaux ont été étendus de la Mongolie jusqu’à la vallée du Volga.

Le prochain moine chrétien à fouler le sol de la capitale a été un franciscain italien, Giovanni dal Piano dei Carpini, qui avait été envoyé par le Pape Innocent IV pour convertir les mongols au catholicisme. Il est arrivé à Karakorum en 1245 et y est resté jusqu’en 1247. Il a laissé une description du couronnement de l’Empereur Guyug Khan.

En 1253, au moment de la 6ième Croisade, Louis IX, Roi de France, ont envoyé un franciscain, William de Rubruck, pour conclure une alliance avec les mongols contre les turcs. Il a rencontré le Khan Mongke. Le récit qu’il a laissé de ses aventures a marqué le peuple européen d’un stéréotype durable concernant les chinois.

L’Empereur Kublai Khan a mandaté les marchands vénétiens les frères Maffeo et Niccolo Polo pour solliciter du Pape qu’il envoie en Chine une centaine d’intellectuels mais à leur retour en Chine en 1271, ils n’avaient amené que leur neveu Marco, dont les récits de ses expériences plus ou moins apocryphes, ont marqué la perception générale de la Chine en Occident.  Marco Polo a réussi à pénétrere la société chinoise et l’élite mongole en se sinisant. Au cours d’une carrière longue de 25 ans en Chine, il a gagné la confiance de l’Empereur qui l’a nommé administrateur de la ville de Yang Zhou et qui l’a envoyé en mission diplomatique en Asie du Sud-Est.

En 1294, un moine franciscain italien, Giovanni de Montecorvino, est parvenu jusqu’à la capitale de la Dynastie Mongol à Khanbalik (proche de Beijing) où il a établi une mission qui a survécu pendant un demi-siècle. Il a été désigné Evêque de Beijing par le Pape Clément V en 1307.  Mais à sa mort en 1328, aucun successeur n’y a apparu et au retrait des mongols chassés par les fondateurs de la Dynastie Ming, le catholicisme a disparu de la Chine.

 Après l’instauration de la dynastie Ming, la Chine a été fermée aux étrangers, du moins en théorie car le long des côtes les échanges commerciaux se sont poursuivis dans la clandestinité avec une telle ampleur que le pouvoir a finalement autorisé le Portugal à établir une mission à Macao en 1577.

En 1582, le jésuite italien Mattei Ricci, est arrivé à Macao. Après un an d’apprentissage réussi du chinois, il a entamé une étude des classiques confucéennes. Il portait la robe d’un moine bouddhiste. Avec son compagnon, Michael Ruggieri, il a obtenu l’autorisation de résider à Shaozhou en 1590. Ils ont recruté ce que l’histoire reconnaît comme étant les premiers moines catholiques d’origine chinoise, soit Zhong Mongren et Huang Minsha. Ricci a pu déménager à Nanjing et finalement jusqu’à Beijing en 1601. Il semble y avoir débat sur la question de savoir s’il a été admis à la Cour impériale, mais ses connaissances en astronomie ont fait forte impression et il a laissé une marque importante en se sinisant et en prêchant un christianisme à l’intersection avec l’éthique confucéenne.  Après sa mort en 1610, quelques jésuites et un groupe de leurs disciples chinois ont été chargés de la réforme et de l’administration du calendrier. Le Père Adam Schall a servi de tuteur à l’Empereur Shunzhi a été désigné Président du Tribunal des Mathématiques et son successeur, le Père Verbiest, après avoir dominé les astronomes chinois par ses connaissances a augmenté l’influence des jésuites.  Il a assuré ce poste avant et après la transition entre les dynasties Ming et Qing et son influence en haut lieu lui a permis de négocier la protection des missions par les manchous.  En 1652, la première église catholique a été ouverte à Beijing.

Les Empereurs Ming ont entretenu des relations avec les ecclésiastiques étrangers parce qu’ils avaient de l’estime pour leur culture scientifique. Mais la foi chrétienne était difficilement assimilable par les classes intellectuelles chinoises suspicieuses des aspects surnaturels de ses préceptes qui étaient à leurs yeux susceptibles de tromper le peuple chinois. L’idée par exemple d’abandonner ses concubins paraissaient cruelle aux yeux des mandarins.

Les jésuites ont dépeint la Chine en tons positifs mettant l’accent sur la tolérance religieuse, un service public privilégiant les connassances et la compétence par le système des concours nationaux. Cette représentation attira l’intérêt des intellectuels européens, dont Voltaire.

La première « répression » des chrétiens a été décrétée en 1616 qui a été suivie d’une seconde vague en 1622.

Dès 1640 a paru une première collection d’essais critiques du catholicisme. Le Père Adam Schall a fait l’objet d’une critique acerbe qui lui a vallu d’être conadmén pour avoir complotté contre l’Etat et pour avoir propagé des idées fausses parmi le peuple.

En 1645, le Pape Innocent X avait dénoncé les rites, mais en 1656 le Pape Alexandre VII les a autorisés.

Ainsi la présence de l’Eglise a été maintenue par les disciples de Ricci et en 1674 le Pape Clément X a désigné un Evêque Administrateur Apostolique à Nanjing comprenant les 5 provinces de Hebei, Henan, Shaanxi, Shandong et Shanxi, ainsi qu’à Gaoli. Le Saint-Siège a dès cette époque donné à l’Evêque Luo l’autorité de désigner son propre successeur. En 1688, cet évêque, Luo Wenzao, a ordonné trois prêtres, dont le célèbre artiste-peintre Wu Yushan.

En 1689, lorsque l’Empereur Kang Xi négociait avec la Russie le Traité de Nerchinsk, il a été conseilllé par un jésuite.

En reconnaissance pour leurs apports, l’Empereur Kang Xi a promulgué en 1692 un décret de tolérance ouvrant la Chine au proselétisme catholique. Les chinois avaient dès lors la liberté d’adhérer à l’Eglise catholique.

Les missions avaient été ouvertes par les jésuites sur tous les points de passage importants de matteo Ricci entre Macao et Beijing. A la fin de la dynastie Ming, les jésuites avaient installé des missions dans presque toutes les provinces, avec des concentrations dans les provinces de Fujian et dans la région du bas du Chang Jiang. Le Fujian avait également été investi par les franciscains et les dominicains venus de Manille.

Mais les activités de promotion de la religion catholique auprès du peuple chinois ont connu peu de succès. Les classes supérieures y voyaient in incompréhensible mélange de bouddhismpe et d’islam. Les éléments transcendateux étaient rédibitoires. La morale chrétienne contrariait les mœurs chinoises ainsi que les rites. La propagation de telles idées parmi le peuple ne pouvait pas être positive. En effet, la pénétration de la religion catholique dans la campagne s’accompagnait de son itnégration de rites locaux, souvent boudhhistes ou taoistes.  Au début du 18ième siècle, un missionnaire français le Père Louis le Comte a identifé les meilleurs moyens pour convertir le peuple :

- « les histoires et le paraboles,
- l’attribution de grande importance aux ornements, aux processions, aux chants, au son des cloches et aux cérémonies,
- le respect des images , médailles, eau bénite,
- la concentration sur l’éducation des jeunes ».

Puis, les querelles entre moines chrétiens autour de ladite « Controverse concernant les rites chinois » a lassé l’Empereur. Ricci et ses successeurs jésuites avaient adhéré à la compatibilité de la foi chrétienne avec les rites confucéens dès lors que ces derniers étaient considérés comme dépourvus de signification religieuse tout en véhiculant le respect et la piété filiale, par ailleurs vertus chrétiennes.  Par contre, les dominicains et les franciscains y voyaient une contradiction irréductible. Pendant l’Inquisition, l’ouverture d’esprit des jésuites a été battue en brèche et en 1733, l’Ordre a été dissout par le Pape Clément XIV.

Le Pape a envoyé à la Cour de Kang Xi un Délégué, Charles Maillard de Tournon, pour dénoncer les rites et pour imposer l’autorité du Pape sur les chinois chrétiens et les missionnaires. L’Empereur l’a reçu et a officiellement répondu en niant que les rites d’hommage aux ancêtres pouvaient être assimilés à l’idolâtrie.

L’Empereur Kang Xi a dénié au Pape toute égalité avec lui et lui refusa tout droit de mener les chrétiens chinois.

En 1706, l’Empereur Kang Xi a ordonné que tous les missionnaires acceptent la formule de réconciliation entre la foi et les rites proposée jadis par les jésuites et ils devaient s’engager à rester définitivement en Chine.
 
Finalement, en 1715, le Pape Clément XI a publié une lettre Encyclique intitulée Illa Die interdisant les rites pour cause de paganisme et d’idolâtrie.

Dans ces conditions, l’Empereur Yong Zheng a été amené par ses conseillers confucéens à déclarer le catholicisme une religion « hétérodoxe » en 1724 et les jésuites ont été cantonnés à Beijing.  Pourtant ils ont ensuite réussi à maintenir leurs relations avec les plus hautes sphères de l’Empire grâce à leurs connaissances scientifiques pendant tout le 18ième siècle.

Le règne de l’Empereur Yong Zheng n’a pas été propice pour le catholicisme. Les princes manchous qui s’étaient convertis ont subi des brimades.

En 1742, le Pape a condamné toutes formes de participation aux rites.

Ensuite les chrétiens ont été visés par des restrictions et des persécutions jusqu’au milieu du 19ième siècle. Dans l’opinion populaire, la chrétienté avait une réputation controversée. Des pamphlets dénonçaient les chrétiens rendre hommage à uenpesonne ayant subi le châtiment suprême, de complotter avec les japonais contre la Chine, de créer des assocaitions secrètes de pratiquer l’alchimie.

Mais les contributions culturelles des jésuites étrangers et aussi de certains des chinois convertis ont été très importantes.  Les domaines où leur excellence a apporté le plus à la Chine ont été les mathématiques, l’astronomie, la cartographie, la géologie. Ils étaient appréciés aussi pour leurs dons en musique et en peinture. Les artistes-peintres jésuites ont inspiré le style architectural du Palais d’été à Beijing de l’Empereur Qian Long et ils ont décoré ses salles de leurs tableaux.

Au cours du 17ième siècle, les missionnaires étaient oiginaires surtout de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal, de l’Allemagne, de la France, et même de l’Europe Centrale. Au cours du 18ième siècle, les prêtres français ont augmenté leur représentation bénéficiant d’un soutien renforcé de Louis XIV favorisant les jésuites et de Kang Xi.

Même si l’Empereur Qian Long a entretenu des relations cordiales avec les missionnaires sur le plan professionnel et a engagé les services de plusieurs artistes tels que Joseph Castiglione et Denis Attiret, les activités de prosélytisme restèrent proscrites pendant tout le 18ième siècle. Il semble qu’il existât toujours une activité chrétienne souterraine animée en partie par des prêtres étrangers clandestins  et ainsi un colloque de prêtres catholiques dans la Province du Sichuan a même attiré une manifestation explicite d’approbation par le Pape Pie VII.

La conjugaison de la dissolution de l’Ordre de Jésus et de la disparition de l’Empereur Qian Long a signalé la fin d’une ère de la chrétienté en Chine.

Désormais le roôle des missionnaires en Chien se transformera et le point focal de l’intérêt délaissera les hautes sphères de la société chinoise.

L’opinion européenne a viré au négatif quand les valeurs de liberté et progrès ont pris l’ascendant sous les plumes de Montesqieu, de Rousseau et de Hegel qui ont considéré la Chine comme inférieure à ces égards.

Le premier clerc protestant est arrivé en Chine en 1807 mais il n’a réussi sa première conversion que 7 ans plus tard. Quelques autres prédicateurs s’y sont éablis au cours des décennies suivantes en provenance des Etats-Unis et de l’Europe. Mais leurs résultats n’étaient guère significatifs. Les missionnaires américains sont arrivés à partir des années 1830s. Les premiers missionnaires médecnis otn été proestants et leurs missions se sont attachées à répondre aux besoins de services sociaux.

A l’issue de la guerre livrée par les pays occidentaux, et en particulier l’Angleterre, à partir de 1840 pour ouvrir la Chine à l’importation de l’opium (provenant de l’Inde qui était également sous l’Empire Britannique à l’époque), le Traité de Nanjing a été signé en 1842 qui a ouvert 5 ports au sud-est de la Chine.

Entre-temps, les guerres aux frontières à l’ouest avaient ruiné l’Etat chinois et les religions étrangères ont de nouveau été prises pour cible. Elles ont été bannies en 1843 et l’ensemble des capitaux étrangers confisqués.

Les puissances coloniales ont forcé la réouverture de la Chine au proselétisme chrétien. En 1844 et 1846, la France a obtenu l’émission de deux décrets impériaux prévoyant une tolérance limitée du catholicisme et autorisant les jésuites à se rétablir dans les environs de Shanghai. La France a déclaré un protectorat des missions catholiques.

En 1846, l’Empereur Dao Guang, a annulé l’interdiction des activités missionnaires, dont nombre de prédicateurs évangélistes. A la différence de leurs prédécesseurs jésuites ayant pratiqué les hautes sphères de la société chinoise, ces nouveaux arrivants visaient davantage les milieux ruraux et les classes défavorisées.

Selon le Trité de Tianjin conclu en 1858 avec la France, les prêtres catholiques ont obtenu la liberté de prêcher partout dans le’Empire et les chinois ont été autorisés à pratiquer la chrétienté.

La relance de l’activité missionnaire a porté ses fruits au cours des décennies suivantes. La population catholique qui est estimée comme ayant correspondu à quelque 240.000 fidèles en 1844 a été triplé avant la fin du siècle et encore doublée jusqu’en 1912. La populatin protestante est passée de 350 en  en 1853, à 37.000 en 1889 et 250.000 en 1914.

En 1848, un hakka originaire du sud de la Chine, Hong Xiu Quan, qui avait échoué aux concours locaux d’entrée à la fonction publique, a lancé une rébellion des misérables en s’inspirant en partie de références empruntées à un missionnaire protestant. Il interprétait ses visions comme significant qu’il était le « cadet du Christ », et en instaurant son royaume rebelle à la dynastie manchoue et aux étrangers, il l’a désigné « Tai Ping », soit la  Paix Suprême. En 1850, il avait rassemblé 20.000 partisans et l’année suivante, il a promulgué l’instauration de son royaume dans sa base dans le Guangxi.

Hong Xiu Quan était épaulé par un paysan et un brûleur de charbon ayant également eu des visions. Le mouvement prônait entre autres idées qu’il a pu au moins partiellement metre en œuvre : l’égalité des sexes, la redistribution des terres, l’élimination de la prostitution, de l’opium, du tabac et du jeu, l’arrêt du bris des pieds des filles, la fin du concubinage, l’occidentalisation du régiem constitutionnel et administratif.

Mouvement à l’idéologie iconoclaste promue par un illuminé, il repoussait toutes les catégories les plus importantes pour établir un régime durable tout en attirant les masses populaires. Monothéiste, autocratique, despotique, fanatique, militariste, ascétique (en tout cas au départ), égalitarien, il ne plaisait ni aux manchous, ni aux confucéens, ni aux nobles terriens, ni aux puissances coloniales, ni aux catholiques, ni aux protestants orthodoxes. Hong a promulgué le « Tai Ping Tian Guo » (le Royaume Céleste de Grande Paix). En 1852, Hanzhou est tombé à la vague Tai Ping. Après la prise de Nanjing en 1853, les partisans Tai Ping ont massacré tous les combattants manchous survivants ainsi que tous les autres manchous, hommes femmes et enfants.

Une expédition Tai Ping vers le nord a failli conquérir Beijing en 1853. Une lutte interne a entraîné en 1856 la disparition d’une branche du triumvirat dirigeant mais le movement a repris son élan et a failli conquérir Shanghai en 1862. La pendule allait alors oscillé en sens inverse et Nanjing fut perdu par les Tai Pings en 1864 à des forces soutenues par la noblesse et les anglais. Hong Xiu Quan se suicida. Sur son parcours, 20 millions de personnes ont été tuées, le sanguinaire Hong Xiu Quan ayant ordonné le massacre de populations entières.

La trace de la chrétienté laissée sur le collectif chinois par les Tai Pings, les missionnaires chrétiens et leurs souteneurs colonialistes a été très négative.

A partir des années 1860s, les attaques contre les missions chrétiennes sont devenus de plus en plus fréquentes et dangereuses. Des incidens violens ont eu lieu à Nanchang en 1862, à Yangzhou en 1868, à Tianjin en 1870 (19 égrangers ont été tués et 18 des aggresseurs chinois ont été exécutés).

En 1875, l’Empereur a cherché à établir des relations diplomatiques avec le Vatican mais la tentative aurait été sabotée par la France.

 Le meurtre en 1897 de deux missionnaires catholiques allemandes a servi de prétexte à la saisie par l’Allemagne de la Baie de Jiazhou et de la Ville de Qingdao et a déclenché une nouvelle round de demandes de concession par les puissances coloniales.  Cette région industrielle de Shandong avait été particulièrement touchée par les importations de textiles. Ces mouvements de réaction populaire contre les étrangers ont souvent été cautionnés et même encouragés par les autorités et les classes supérieures.

 Le groupe répuoté responsable des morts des missionnaires allemandes, la Société de la Grande Epée, a été engagée par le Gouverneur de Shandong pour lutter contre les bandits. Mais les partisans s’en sont pris aux missionnaires chrétiens. Le Trône impérial s’accommodait des puissances étrangères tout en s’arrangeant avec les mouvements populaires.

 A cette époque est né le mouvement des « Boxeurs », dont la devise était « Soutenir Qin, détruire la religion étrangère », une rébellion a été lancée par un groupe de nationalistes réactionnaires, appelés les « Boxeurs » par les occidentaux à cause de leur prédilection pour une forme de boxe.  Dans la Chine intérieure, les missionnaires étaient les seules cibles pour leurs exactions et un certain nombre a été tué donnant lieu à des représailles par les forces européennes qui ont fait exécuter des centaines de chinois.

 En 1898, l’Impératrice Régente a émis deux arrêtés exigeant que les missionnaires soient protégés, mais l’année suivante elle en a prononcé un autre demandant que soient distingués les « bandits » et « les citoyens respectueux de la loi qui pratiquent les arts martiaux pour leur protectyion et celle de leurs familles ». Le mouvement Boxeur s’est amplifié au cours de l’année 1900 gagant toute la province de Zhili et se rapprochainet de Biejing et de Tianjin. Les conflits entre les Boxeurs et les chrétiens chinois ont pris de l’ampleur. Les représailles prévisibles des pouissances coloniales ont consisté en la saisie des forts d’où était contrôlé l’accès à Tianjin. En juin 1900 le Trône impérial a prononcé  une « déclaration de guerre » et appelant à la résistance aux étrangers. Dans le Shanxi, le Gouverneur a personnellement assisté à l’exécution de 44 missionnaires et de leurs familles. Les missions consulaires et la cathédrale catholique à Beijing ont été assiégées pendant 55 jours. Après que les forces étrangères ont levé le siège, Beijing a été pillé. En septembre 1901, la Chine a accepté de faire exécuter le Gouverneur de Shanxi et une dizaine d’autres mandarins.  Finalement, les craintes que le mouvement puisse emporter dans son sillage la dynastie elle-même ont incité le pouvoir à mandater Yuan Shikai pour annihiler les Boxeurs.

 A la fin du 19ième siècle, on recensait en Chine quelque 750 prêtres catholiques étrangers, 450 prêtres catholiques chinois, et 500.000 fidèles. Les clercs protestants totalisaient 1.3000 dont des américains, des britanniques et des canadiens domiciliés dans 500 postes dans 350 villes chinoises. Mais il n’y avait que quelque 100.000 protestants d’origine chinoise mais le nombre de fidèles croissait à un taux élevé.

 En 1914, on recensait 5.000 missionnaires étrangers, dont 70% protestants, répartis dans toutes les provinces chinoises, qui avaient fondé au moins 250 missions médicales et quelque 2.000 écoles.

 A l’aube du 20ième siècle, la chrétienté gagnait en fidèles et ses ecclésiastiques avaient certainement fait des apports significatifs aux échanges culturels sino-ocidentaux. Mais l’image de la religion n’était pas bonne. La religion chrétienne elle-même avec son soût du supernaturel et du mystique ne pouvait plaire à la grnade masse des chinois, encore moins que le bouddhisme ou le taoisme. Le mouvement Tai Ping avait marqué la mémoire collective des dérives du protestantisme. L’opposition entre les missionnaires protestants et les nobles confucéens s’engageait sur les plans sociaux, culturels, moraux et politiques.  Pour les intellectuels convertis au christianisme, sa force d’attraction tenait à son assocation avec le progrès économique et scientifique, et la démocracie.
 

3. ­ La chrétienté en Chine moderne

 Les religions chrétiennes ont connu les traitements les plus variés depuis le début du 20ième siècle.

 Le Père de la Révolution qui a renversé l'Empire manchou en 1912 est Sun Yat Sen. Né en 1866 dans une famille de paysans pauvres dans la Province de Guangdong, il a été amené alors qu'il était encore enfant à Hawaï par des membres de sa famille travailleurs immigrés. Il a été éduqué dans des écoles de missionnaires. A 18 ans, il a émigré à Hong Kong où il a poursuivi des études de médecine. Il s'est converti à la chrétienté et était imprégné d'influences occidentales.

 Mais Mao Zedong a fondé une république de communisme intégriste relégant la religion au rang des contradictions mineures à résoudre par l'éducation si possible et par la force quand nécessaire.

 S’il y avait environ 2 millions de chrétiens au début du siècle dernier, dont environ les trois quarts au moins des catholiques, on en dénombrerait plus de 60 millions aujourd’hui dont environ les trois quarts protestants.  Réadmis en Chine au milieu du 19ième siècle avec la force des armes coloniales, les religions chrétiennes chinoises se sont surtout implantées en milieu rural et parmi les délaissés.

 Ayant vécu en autarcie depuis un siècle, et ayant donc survécu à de multiples séismes sociaux, ces communautés vivent une chrétienté plus mystique qu’intellectuelle. Les chrétiens en mileux ruraux pratiquent souvent une religion mélangée d’allusions et de rites locaux, par exemple la Mère Eternelle du Lotus Blanc d’inspiration bouddhiste en association avec la Vierge Marie.  Les chrétiens en milieu urbain vivent une expérience plus familière pour l’observateur occidental. Les fois chrétiennes en Chine n’ont pas encore affronté les défis de la modernité : la richesse qui évite les soucis, la médecine qui soulage la douleur, l’éducation qui cultive le doute, etc.

3.1. - La République

 Il y avait selon certaines sources quelque 1.430.000 catholiques en Chine au moment de la Révolution chinoise de 1911, soit une multiplication par 9 du chiffre au début du siècle précédent.

 Le christianisme n’avait pénétré que superficiellement les masses chinoises, mais jouissait de la faveur des sphères aux plus hauts niveaux de l’Etat ; ainsi, Sun Yat Sen et Chiang Kai Shek, ainsi que leurs deux épouses-sœurs étaient chrétiens, les sœurs provenant d’une famille de forte tradition méthodiste.

 Les efforts des églises chrétiennes déployés pour fournir des services sociaux (écoles, hôpitaux, hospices, séminaires, charité, etc.) leur méritait une certaine faveur des autorités et une mesure de faveur populaire. A titre d’exemple, l’Institut de Fudan a été fondée en 1905 par l’intellectuel catholique Ma Xiangbo qui a aussi largement contribué à l’établissement de l’Université Catholique Furen à Beijing. Ces services intéressaient aussi les nantis chinois, y compris les confucéens, qui ont collaboré par eemple à l’établissement du Young Men’s Christian Association (YMCA) en Chine.  Considérant les taux abysmaux d’alphabétisme populaire au 19ième siècle (entre 30- 45% pour les hommes et entre 2 et 10% pour les femmes), les apports par les comunautés étrangères ne produisaient leurs effets qu’à la marge de la société chinoise.

 Mais la propagation de la foi rencontrait de nombreux obstacles dont le ralliement des partisans du Mouvement du 4 mai au pragmatisme et à la science ainsi et renouveau du confucianisme considéré par d'autres comme la quintessence de la culture chinoise.

 A cette époque, le ptrotestantisme attire l’intérêt des classes éduquées alors que les missionnaires catholiques se rapprochaient plutôt des communautés dans les villégiatures et la campagne.

 En 1921, le Pape Pie Xi a désigné un premier Ambassadeur en Chine, l'Archevêque Celso Costantini. Ce dernier a convoqué une rencontre en mai 1924 des prêtres en Chine. Il y a été décidé de dédier l'Eglise chinoise à la Vierge Marie et d'établir une douzaine de séminaires sur le territoire chinois. L'Eglise chinoise a encouragé l'utilisation du chinois dans les textes catéchistiques et rituels. Au cours des années 1920s et 1930s, l'Eglise s'est concentrée sur l'ouverture d'établissement d'enseignement supérieur.

 En 1934, le Vatican a reconnu l'Empereur Pu Yi sous influence japonaise et a désigné un Nonce Papal en Manchourie. L'Eglise s'est ainsi attirée les foudres de la population chinoise y compris ses laïques et prêtres autochtones.

 Les premiers efforts du Pape Pie XII après son investiture en 1939 ont visé et obtenu la résiliation de l'interdiction des rites chinois.

 En février 1946, le Vicaire Apostolique, Son Éminence Tian Gengxin est devenu le premier cardinal à être désigné en Asie Orientale. Le 11 avril de cette même année, le Pape a promulgué la division de la Chine en 20 provinces et 137 diocèses.

 Selon certaines estimations, population catholique en  Chine correspondait en 1948 à quelque 3.000.000.

3.2. - La Révolution Communiste

 Mao Zedong rejette explicitement toute vision métaphysique du monde épousant plutôt la logique du déterminisme matérialiste. Le Parti Communiste est officiellement athée et l'accès y est interdit aux croyants en toute religion. Il est interdit aux membres de l'Armée de Libération du Peuple de « participer à toutes activités religieuses ou superstitieuses ».

 En commun avec les confucéens d'antan, les communistes chinois dédaignaient les religions qu'ils assimilaient à des superstitions, leurs pratiquants à des simples d'esprit et leurs prédicateurs à des charlatans. S'agissant de religions vouant allégeance à des chefs échappant au contrôle du Parti, que ce soient les bouddhistes tibétains suivant le Dalai Lama, ou les catholiques fidèles au Pape, l'attitude des communistes est restée spécialement agressive.

 En même temps, le Parti Communiste a traditionnellement défendu la liberté de religion. Ainsi dès l'instauration d'un gouvernement communiste à Ruijin dans la Province de Jiangxi au début de 1931, le Parti a fait adopter une constitution garantissant en son article 30 « la vraie liberté de croire en la religion » et consacrant le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Cette disposition était suivie d'une autre confirmant la liberté de s'opposer au prosélytisme religieux et soumettant les églises impérialistes aux lois nationales.

 Selon la logique du communisme chinois, la religion se rattache à des périodes spécifiques de l'histoire, suscitée d'abord par l'émerveillement des peuples face aux phénomènes naturelles, exploitée ensuite pendant la longue période féodale jusqu'au début du 20ième siècle par les classes supérieures se sont servies des religions (tant le bouddhisme que le taoïsme ou l'islam) pour anesthésier les peuples, le processus étant chargé de colonialisme à partir de la Guerre de l'Opium. Mais dans la théorie communiste, la religion disparaîtra quand auront disparu les circonstances objectives l'ayant engendrée.

 En attendant d'atteindre ce nouveau stade de l'évolution, le Parti considère la pratique de la religion comme une contradiction interne au peuple. En ce sens, elle ne menace pas l'Etat communiste, et il appartient au Parti notamment à travers l'action de sa United Front de rassembler au-delà de ces clivages pour mettre en œuvre ses politiques de progrès économique et social. Aussi, il serait contre-productif que de chercher à éliminer l'adhésion aux religions par la coercition; au contraire, la liberté de religion dans le respect des lois et règlements est protégée, voire encouragée tout en vouant le Parti à la promotion par la persuasion ainsi que par le progrès économique d'une société dans laquelle la religion n'aurait qu'un intérêt historique.

 La ligne politique du Parti par rapport aux pratiques religieuses est dictée par la théorie de la United Front conçue par Mao Zedong en application de sa théorie des contradictions et du besoin de hiérarchiser les luttes pour les résoudre. Ainsi Mao a écrit dans son essai « Sur le traitement approprié des contradictions intrinsèques au peuple » :

Pour le traitement des questions d'idéologies internes et de celles afférent au monde spirituel, le recours aux méthodes simples est non seulement inutile, mais très néfaste. On ne peut émettre des ordres administratifs de détruire la religion. On ne peut pas obliger le peuple à ne pas croire en la religion; on ne peut pas forcer le peuple à abandonner l'idéalisme; et on ne peut forcer le peuple à croire au marxisme.

 La ligne qui semble constante depuis la Révolution Communiste consiste à tolérer les religions tant qu'il n'y a pas de menace pour le Parti. Ainsi, Zhou Enlai a déclaré:

Nous affirmons que la foi religieuse est une question de foi personnelle et elle n'a pas de connotations politiques. Que l'on soit athée ou croyant, matérialiste ou idéaliste, tous sans exception peuvent soutenir le système socialiste.

 En mai 1950, Zhou a lancé en coopération notamment avec un intellecutel protestant, Wu Yaozong, les mouvements des trois « auto » : auto-gestion, auto-soutien, auto-propagation qui a abouti à l’établissement d’organisations religieuses nationales parrainnées par l’Etat.  Les églises « patriotiques » répondaient au besoin de nourrir des mouvements chrétiens nationaux, indépendants des puissances coloniales, dont les ressoritssants et les organisations religieuses continuaient à soutenir financièrement le christianisme chinois.

 Mais ces organisations « patriotiques » n’ont pas su attirer l’adhésion de l’ensemble des fidèles dans aucune des religions concernées. Les origines des églises chrétiennes clandestines remontent à cette époque.

 Le débat entre partisans et opposants aux organisations « patriotiques » était intense et l’on peut estimer que des hommes honorables et raisonnables pouvaient s’opposer sur les attitudes à adopter dans le contexte historique.

 Des intelletuels catholiques chinois ont créé un pont entre la tradition chinoise et la dialectique matérialiste en faisant remarquer que les lotus, tout comme les idéaux, existent par transformation de matière, comme la justice est fonction de la distribution de la richesse (Wu Jingxiong).  Mais les clercs catholiques devant être intégrés selon des procédures impliquant de près ou de loin la participation du Vatican, le conflit avec les autorités communistes est radicalement irréconciliable et le fait qu’il perdure s’explique.

 Pour certains chrétiens, dont par exemple l’intellectuel protestant Wang Mingdao, la résistance s’est déployée surtout contre les influences modernistes sur le christianisme apuré de son mysticisme que prêchaient les églises patriotiques.

 Pendant la Révolution Culturelle, les cadres du Parti ont été balayés et la protection que le Parti accordait à la liberté de religion a été remplacée par les attaques des Gardes Rouges contre les droitistes qui ont pratiquement éliminé la pratique de la religion à l'intérieur des frontières de la RPC.
 
 A partir du lancement par Deng Xiaoping de la campagne de réforme et d'ouverture en 1978, la liberté de religion a été réhabilitée, en particulier lors de la 3ième et 6ième séances du 11ième Comité Central du Parti Communiste.

 Au mois de mars 1982, le Parti a adopté un document intitulé « The Basic Policy and Perspective on Religion during the Period of Socialism » qui trace l'histoire des 30 années d'expériences des communistes chinois avec la religion. (Document 19)

 Le Document 19 applique la logique du United Front en mettant l'accent sur le besoin prioritaire de rassembler toutes les forces socialistes quels que soient leurs attitudes par rapport à la religion. De toute façon la foi est irréductible et l'application de force à son encontre « engendrera les conditions idéales pour les incitations par une petite minorité de contre-révolutionnaires sous guise de la religion à des comportements illégaux et à des activités contre-révolutionnaires ». Le Document confirme la soumission des activités religieuses à l'approbation des autorités. Il a réitéré l'interdiction de conversions des mineurs à toute religion ou de leur entrée à tout monastère ou temple.  Le Document a renforcé l'interdiction aux cadres du parti d'entreprendre toutes activités religieuses. Les mesures appropriées doivent être entreprises pour subvenir aux besoins matériels des « professionnels de la religion » en conformité avec leur statut et leur renommée.

 Le Document 19 confirme :

- la liberté de pratiquer ou non une religion,

- la séparation de la religion et de l'Etat,

- la pratique des « Three Selfs » que sont l'auto-gestion, l'auto-financement, l'auto-propagation,

- la protection des activités religieuses entreprises dans le cadre de la loi et des règlements, soit sous l'égide de l'une ou l'autre des 8 associations patriotiques ainsi que

- la suppression des autres activités et le châtiment des activités criminelles et contre-révolutionnaires comme les sorciers, les charlatans et les escrocs,

- le principe de la restitution de la propriété des lieux de culte afin notamment d'intéresser le clergé à leur restauration et à leur maintien, de permettre au clergé d'assurer en toute indépendance financière leurs activités,

- le soutien de l'Etat aux membres des clergés,

- la formation des membres du clergé en leur inculquant un minimum de culture et de patriotisme, et

- l'interdiction aux membres du parti de participer aux activités religieuses (sauf pour les membres dans les régions à majorité pratiquante dans le cadre d'activités ayant aussi un caractère social, par exemple les mariages et les funérailles).

 Le 5 février 1991, le Parti a émis une circulaire conjointement avec le Religious Affairs Bureau du State Council visant l'amélioration des résultats jusqu'alors obtenus par le Parti dans la mise en oeuvre de sa politique religieuse (aussi connu sous la désignation Document 6). Elle s'inscrit dans la ligne tracée déjà par le Document 19 tout en appelant à une application plus rigoureuse des dispositions réglementaires autant pour éliminer les activités religieuses non autorisées ainsi que les agissements illégaux des autorités locales manquant de respect pour la liberté de religion.

 Ce document rappelle le processus d'approbation des activités religieuses: les organisations de toutes les religions doivent présenter des demandes d'ouverture de lieux d'activités religieuses auprès du Gouvernement du Peuple au niveau supérieur au niveau du comté. Les activités de prosélytisme doivent être restreintes. Les lieux de formation religieuse non autorisés doivent être fermés. Les interférences par les étrangers dans les affaires internes chinoises, y compris celles afférent à al religion sont proscrites.

 Les contributions financières de l'étranger en montants significatifs doivent être approuvés par le Religious Affairs Bureau du State Council ou le Gouvernement du Peuple au niveau provincial. Le document appelle les autorités à appliquer des sanctions lourdes vis-à-vis de ceux qui violent la loi pénale ou qui « entrent en association avec les forces hostiles à l'extérieur du pays pour nuire à sa sécurité ».

 En 2002, le responsable de la Politique et du Droit au sein du Politburo a appelé à la suppression des activités religieuses portant atteinte à l’ordre public.
 

4. - L'encadrement des religions chrétiennes

4.1. - L'encadrement général de la religion

 Après la prise de pouvoir en 1949, une forme de première constitution a été adoptée sous l'intitulé Programme commun pour le People's Political Consultative Conference. En son article 5, il est prévu que les citoyens chinois bénéficient des libertés de pensée, de parole, de presse, d'assemblée, d'association, de migration et de religion ainsi que le droit de participer librement à des manifestations publiques. L'article 53 reconnaît aux nationalités le droit de préserver leurs coutumes et leur garantir la liberté de religion.

 Dans la première constitution de la République Populaire, adoptée en 1954, la liberté de religion est protégée explicitement à l'article 88.

 La Constitution de 1975 réitérait en son article 28 la liberté de croire en une religion et la liberté de ne pas croire en une religion, ainsi que la liberté de propager l'athéisme. La Constitutionnelle de 1978 reprend cette formulation en son article 46.

 La religion n'est pas un sujet d'instruction à l'école publique en Chine, l'athéisme étant la ligne officielle.

 La participation des mineurs aux offices religieux est interdite mais la rigueur de l'application de la règle est variable de région en région.

 Dans les régions où les minorités religieuses sont concentrées, dont le Xinjiang et le Tibet, ou dans une moindre mesure les provinces de Hebei, Fujian et Guangdong où sont contrées les minorités chrétiennes, ces politiques ont connu dans leur application des degrés de rigueur variable.

La  Constitution de 1982 prévoit en son article 36 :

Les citoyens de la République Populaire de Chine bénéficient de la liberté de foi religieuse. Aucun organe de l'Etat, organisation publique, ou individu ne peut obliger les citoyens à croire, ou à ne pas croire en toute religion ; aussi il est interdit de discriminer contre les citoyens selon qu'ils croient ou non en une religion. L'Etat protège les activités religieuses normales. Il est interdit d'utiliser les religion pour entreprendre des activités portant atteinte à l'ordre public, à la santé publique ou qui interfèrent avec le système éducatif. Les entités religieuses et les affaires religieuses ne doivent pas être soumis à toute domination étrangère.

 La réforme constitutionnelle de 2004 promet un renforcement de la protection accordée aux droits de l’homme, dont on peut supposer que la religion fait partie.

 Aucune loi nationale afférant à la religion n’a été adoptée en Chine mais l'article 11 de la loi sur les autonomies régionales nationales prévoit que les « autorités autonomes d'une région nationale autonome protégera la liberté de foi religieuse dans sa région ».

 Malgré certaines tentatives de formuler une loi nationale sur les religions, c'est finalement en 1994 par un décret du State Council que le gouvernement a légiféré sur la religion. Ce décret amplifie les dispositions constitutionnelles en prenant compte et consolidant les règlements concernant la religion adoptés par diverses Provinces, dont Hebei, Henan, Fujian, Guangdong, Hunan et Xinjiang.

 La loi civile garantit la propriété personnelle des articles culturels (article 75) et la propriété des biens des organisations religieuses (article 77).

 Plusieurs lois chinoises interdisent la discrimination sur des bases religieuses, telles que la loi relative aux élections au National People's Congress ainsi qu'aux Local People's Congress (article 3), la loi relative au service militaire (article 5), la loi relative à l’éducation (article 9), le droit du travail (article 12) et la loi relative à l'organisation judiciaire.

 L'article 251 de la loi pénale prévoit des sanctions pouvant atteindre deux ans d'emprisonnement pour les fonctionnaires qui violent la liberté de religion des minorités.

 Dans le sens contraire, d'autres lois chinoises restreignent la liberté de religion. Ainsi, l'article 99 de la loi pénale prévoit :

Quiconque organise ou utilise des superstitions féodales ou des sectes superstitieuses ou des sociétés secrètes pour entreprendre des activités contre-révolutionnaire sera condamné à au moins 5 ans d'emprisonnement.

 L'article 16 de la loi relative à l'éducation obligatoire interdit à la religion d'interférer avec les activités éducatives. Ainsi le proselétisme religieux est interdit dans les collèges et les lycées et les séjours religieux à l’étranger.

 Le gouvernement communiste justifie sa politique d'interdiction de formation religieuse pour les mineurs par une conjugaison malaisée de l'article 34 de la Constitution qui garantit le droit de vote sans discrimination sur la base de la religion aux personnes ayant atteint l'âge de la majorité (18 ans) et l'article 36 de la Constitution garantissant la liberté de religion.

 Le Religious Affairs Bureau (RAB) qui dépend du State Council définit en coopération avec la United Front Work Department du Parti Communiste la politique envers les activités religieuses en Chine. Il leur importe de prévenir l'irruption de toute source d'autorité nationale alternative à celle du Parti.

 Le RAB est décliné en bureaux au niveau des provinces et des grandes villes qui mettent en œuvre les règles natioanles.

 Il revient au RAB, dont les membres sont rarement pratiquants, d'enregistrer les organisations religieuses et à ce titre d'en apprécier la légitimité. Le RAB est la source de référence en matière de régulation des religions en ce que par exemple elle étudie des dossiers qui lui sont rapportés par le NPC et le CPPCC, dont une cinquantaine de cas entre 1993 et 1996.

 Selon les lois chinoises, les organisations sociales doivent s'immatriculer auprès des autorités et il en est de même des organisations religieuses.

 Les organisations suivantes sont reconnues sous la loi chinoise en tant qu'organisation religieuse au plan national: l'Association Bouddhiste de Chine, l'Association Taoïste de Chine, l'Association Islamique de Chine, l'Association Catholique Patriotique de Chine, le Collège des Evêques Catholiques de Chine, Comité du Mouvement Patriotique des Eglises Protestantes de Chine et le Conseil de la Chrétienté de Chine. Au niveau local, il y aurait 3.000 organisations religieuses enregistrées actuellement en Chine.

 En 1991, le Religious Affairs Bureau a émis en 1991 un document intitulé « Methods for Administering Registration of Religious Organizations ». Les organisations ont la personnalité juridique. Elles doivent remplir les exigences suivantes :

- disposer d'une adresse permanente,

- désigner une personne responsable,

- adopter des statuts conformes à la Constitution et aux lois et règlements, et respecter ces statuts,

- avoir une source licite de revenus,

- ses textes religieux utilisés doivent résister à une analyse scientifique et avoir un lien avec une des religions existantes en Chine,

- les membres de ses instances dirigeantes doivent être représentatifs.

 A partir de cette date, l’enregistrement est devenu le fer de lance du contrôle étatique car le processus implique un agrément dont l’exigence peut porter sur les plus menus détails de la pratique religieuse.

 Des congrès de fidèles sont tenus tous les 4 ans pour adopter et amender les statuts, pour recevoir des rapports des organes internes et pour élire les membres de ses instances dirigeantes.

 Les organisations religieuses entreprennent des activités comprenant la gestion de sites religieux, des œuvres caritatives, l'édition de textes et la commercialisation d'objets religieux, la fourniture de formation et de services sociaux. Les conditions à satisfaire pour faire enregistrer un « site destiné à des activités religieuses » sont les suivantes :

- la disposition d'un site physique,

- un nombre minimum de citoyens qui sont croyants et qui assistent régulièrement aux activités religieuses,

- un conseil de direction,

- un règlement intérieur,

- une source licite de revenus.

Il semble que certaines candidatures sont refusées, quelques fois sans explication.

 Selon la ligne officielle, les activités conduites en dehors de ces structures sont susceptibles d'être réprimées par les autorités et, à ce titre, selon un avis assez généralisé, la Chine manque de respect pour la liberté de religion. L'arsenal des moyens de répression des activités hors la loi comprend des procédures non judiciaires susceptibles d'aboutir à des condamnations par des panels de policiers et de représentants de l'autorité locale à des peines de rééducation par le travail pouvant atteindre des durées de 3 ans.

 Les groupes religieux et les pratiquants qui ne s'enregistrent pas se justifient pour certains en invoquant des craintes de subir des pressions de dénoncer les ecclésiastiques et les laïques restants dans la clandestinité, et des craintes de pressions de s'aligner sur les politiques et les idées officielles alors que d'autres témoignent une opposition de principe à l'invasion par l'Etat dans le domaine privé.

 En 1994, le State Council a émis des règlements qui ont été déclinés aux niveaux provincial et local exigeant l'enregistrement auprès du RAB de tout site d'activités religieuses et la soumission des activités à la compétence et à la supervision des organisations « patriotiques ».

 Les Regulations for Administering Religious Sites du State Council émis en janvier 1994 exigent que tout opérateur de site d’activités religieuses doit

- être doté d'une dénomination,

- disposer d'une adresse permanente,

- attirer un nombre significatif de participants réguliers à ses offices, un comité de direction composé de citoyens fidèles,

- disposer d’un clergé ou autre personnel capable d'administrer les activités et les rites en conformité avec la religion,

- avoir un règlement interne,

- avoir une source de revenus licites.

Un règlement de mai 1994 précise les modalités d’neregistrement et un autre en 1996 exige que les autorisation soient renouvelées annnuellement.

 Selon certaines sources, 85.000 sites auraient été enregistrés. Les réunions dans les domiciles des croyants, surtout les chrétiens ne seraient pas soumis à enregistrement. Les autorisations sont refusées lorsque les titres de propriété ou d'occupation posent problème, par exemple au niveau de l'urbanisme, ou lorsque le groupe s'apparente à une secte ou pratique la superstition.

 Les modalités d'application du règlement cadre ont varié selon les provinces. Les règlements locaux peuvent en respectant le droit interne ajouter des contrôles.

 Le règlement adopté par la Municipalité de Shanghai est entré en vigueur le premier mars 1996. Selon son article 11, les organisations religieuses doivent accepter le « contrôle par le gouvernement » et elles doivent « promouvoir le socialisme, le patriotisme et l’ducation dans le cadre des systèmes légaux ». Les publications et distributions de tracts sont soumises aux « règlementations pertinentes ». La gamme des sanctions des infractions inclut la confiscation des « structures, installations, revenus ». Seules les personnes préalablement autorisées par le RAB sur proposition de l’Eglise Patriotique peuvent exécuter les offices publics. Les expositions et les étalages sont soumis à autorisation, D’autres articles interdisent les débats religieux et les activités superstiteuses. Les déplacemtns de croyants en dehos de Sahngai pour de smotifs religieux doivent être approuvés au préalable par les autorités religieuses locales et par le RAB. Les visiteurs provenant d’atres régiosn de Chine ou de l’étraner doivent aussi être déclarés et approuvés par les autorités et ils ne peuvent en aucun cas faire augmenter le nombre de fidèles parmi les ressortissants chinois. Les séminaires sont soumis à un contrôle strict.

 La plus grande maison d’éditions catholiques, le Shanghai Guang Qi Research Cneter a dû obtenir l’autorisaitn officielle avant de distribuer son « New Catechism of the Cathic Church in China ». L’approbation a été accordée moyennant des comùprimis sur les contenus de l’ouvrage, en paritculier en ce qui concernait le chapitre sur l’interruption volontaire de la grossesse. Ses publicatins ne peuvent être distribuées que dans des lieux approuvés par les autorités.

 Slon la réglementation locale adoptée par les autorités locales daans le comté de Jingxian dans le Hebei, les visiteurs doivent s’enregistrer au bureau local de la sécurité publique au moment d eleur arrivée et à leur départ. L’unité accueillante doit déposer un rapport cocnernant ses acativités pendant son séjour local. Les personnes en dehors du comté doivent déclarer lerus dons, leurs quantités et leurs buts. Quand les dons sont utilisés à leurs fins prévues, une déclaration explicative doit être déposée auprès des autorités. Des rapprots financiers sur les projets entrepris doivent être déposés ttous les 6 mois.

 Dans le Zhejiang, les autorités ont prévu la confiscation des revenus et des patrimoines illégaux

- de ceux qui président or organisent des activités religieuses autres que celles prévues à cette fin ou dans des lieux qui n'ont pas été approuvés par le BAR local,

- de ceux qui entreprennent des œuvres de missionnaire en dehors des lieux des activités religieuses, et

- de ceux qui parrainent des activités de formation religieuse sans avoir obtenu l'autorisation de RAB au niveau du conté ou plus d'un niveau plus élevé.

 Dans la pratique, ces règlements fournissent autant d'occasions pour l’obstructionisme et la répression, et aussi pour les trafics d'influence en tous genres.

 En 1995, le State Council et le Comité Central du Parti Communiste ont émis une circulaire classifiant comme « cultes » certains groupes religieux et les déclarant à ce titre hors la loi, s'agissant des « Shouters » (« Ceux qui crient » - lancé aux Etats-Unis en 1962), le Eastern Lightning, la Société des Disciples (Mentu Hui), l'Eglise de la Full Scope, la Secte de l'Esprit, l'Eglise du Nouveau Testament, et le Guan Yin (aussi connu sous le nom Guanyin Famin, la Voie de la Déesse de la Mercie). Ultérieurement ont été bannies la Secte Lord God, l'Eglise du Roi Etabli, l'Eglise de l'Unification, la Family of Love, la Mission Dami et quelques autres groupes.

 En 1997, le Conseil d’Etat a publié un Livre Blanc sur la liberté de religion en Chine réitérant la distinction entre « les religions à protéger les activités illégales et criminelles entreprises au nom de la religion ».

 Depuis la réforme de la loi pénale entreprise au cours de cette même année, les infractions consistant en la pratique de « cultes » et de religions non autorisées sont passibles de poursuites en tant que « crimes d'atteinte à l'ordre social ». Depuis cette date, le nombre d'infractions jugées dans cette catégorie a sensiblement augmenté. C'est à ce titre qu'ont été proscrits Le Fa Lun Gong et le Zhong Gong (une discipline du qi gong).

 En effet, un problème pérenne et endémique en Chine est que les membres du clergé des églises clandestines manquent de formation et sont pour autant vulnérables aux dérives irrationnelles. Qu'il y ait des abus par des escrocs et des illuminés méritant sanctions si ce n'est que pour protéger les affligés du charlatanisme ne fait pas débat mais les autorités peuvent aussi invoquer ces règles pour brimer les dissidents et les chefs spirituels charismatiques.

 D'après des rapports secrets émis par le gouvernement chinois en 1999 et 2001 (publiés par Freedom House en 2002), la politique a visé l'éradication des cultes et des groupes religieux non enregistrés par le recours à des sanctions pénales lourdes.

 En 1999, le Standing Committee du NPC a décidé de proscrire tous les groupes identifiés par le gouvernement comme des « cultes » en application de l'article 300 du Code Pénal. La Cour Suprême de Chine et l'Avocat Général ont ajouté des explications concernant l'application du texte au Fa Lun Gong. Les membres de ces « cultes » qui porteraient atteinte à l'ordre public ou qui distribueraient des publications seraient passibles de peines d'emprisonnement de 3 à 7 ans. Les chefs des cultes y sont rendus passibles de peines plus lourdes.

 En octobre 2000, le Directeur du RAB a publié un article sur la théorie et la politique qui incite les cadres à adhérer aux trois recommandations (san ju hua) de Jiang Zemin d’appliquer la politique du Parti par rapport à la religion, de renforcer le contrôle de la religion conformément à la loi, et de mener activement l’adaptation de la religion et du socialisme.

 Il existe pourtant un courant contraire au sein de la Jeunesse communiste dont certains chefs appellent à la levée de l’interdiction pour les croyants d’accéder au Parti et à la reconnaissance des bienfaits de la religion qui satisafit des besoins psychologiques, culturels et moraux tout en assurant utilement la fourniture de nombreux services sociaux.

  Après une conférence sur la religion en Chine qui a été tenue à Beijing du 10 au 12 décembre 2001 et qui a attiré les grandes personnalités de la hiérarchie étatique chinoise (dont le Président Jiang Zemin et le Premier Ministre Zhu Rongji), la pression de se régulariser a été augmentée sur les églises clandestines mais il semble aussi que les nombres de leurs fidèles continuent à croître.

 Les contacts entre les églises chinoises et les églises à l'étranger sont tolérés à condition que la relation n'implique pas un « contrôle étranger », bien que la signification exacte de cette expression reste sans définition officielle.

 En principe, le prosélytisme à l'intérieur de la communauté étrangère est tolérée ainsi que l'importation de matériaux religieux pour utilisation dans ce contexte. Les ressortissants chinois peuvent assister aux cérémonies religieuses dans les églises, mosquées, synagogues, et temples.

 Mais les activités missionnaires par les églises étrangères sont interdites bien que les ecclésiastiques étrangers enseignant les langues par exemple dans les universités chinoises puissent afficher leur affiliation religieuse à condition de ne pas outrepasser la frontière avec le prosélytisme.

 L'importation de bibles est interdite et les infractions sont réprimées par des peines de prison. Ainsi, un résident de Hong Kong (Lai Kwong-keung) a été condamné le 28 janvier 2002 à 2 ans d'emprisonnement pour avoir violé l'interdiction; alors que sa libération anticipée a été obtenue par les efforts de groupements religieux étrangers, ses deux complices sur le territoire chinois étaient, selon le Département d'Etat américain, encore en prison en 2002.

 Alors que le texte de la Bible distribuée en Chine n'a pas été censurée, les livres de prière et des cahiers de catéchisme catholiques ont été censurés pour expurger les propos anti-socialistes (tel que la phrase biblique « Le pays est affligé de calamités ») et leur publication a été mise sous contrôle ou interdite.

4.2. - La situation des catholiques

 Dès 1949 et jusqu'en 1952, plusieurs missionnaires étrangers ont été arrêtés et emprisonnés. Le gouvernement communiste a pris le contrôle de toutes les écoles, et de tous les hôpitaux et de tous les hospices gérés par les églises étrangères dans le cadre d'une campagne générale de brimades contre les missionnaires et ecclésiastiques ainsi que leurs entourages. Les domaines sous contrôle de l'Eglise catholique s'apparentant à tous égards à des entreprises capitalistes aux yeux des communistes, ils ont été expropriés comme l'ont été les biens immobiliers commerciaux; seules les églises sont restées la propriété des diocèses locaux, en tout cas nominalement, puisque leur gestion était assumée par l'Etat. En effet, selon l'article 77 de la loi civile, les organisations religieuses ont la capacité d'être propriétaires de leurs biens.

 Des quelque 13.000 prêtres, frères et sœurs en Chine à la Révolution, environ la moitié consistait d'étrangers occupant des fonctions de supérieur (jésuites, franciscains, dominicains, venus d'Europe et d'Amérique). Dès août 1954, 126 des 143 diocèses avaient perdu leurs supérieurs. Des 5.486 ecclésiastiques étrangers en Chine à la Révolution, seule une centaine y était encore en 1954. Nombre d'entre eux ont été humiliés publiquement, emprisonnés et même tués ou, en tout cas, laissé se dépérir dans les geôles. En 1955, les séminaires catholiques ont été fermés.

 La rupture entre le pouvoir communiste et le Vatican a eu lieu en 1958 après la publication d'une Encyclique interdisant au clergé et aux laïques de participer aux activités du Parti Communiste. Les prêtres devaient refuser leur bénédiction aux membres du Parti. Les évêques et prêtres visés par la lettre étaient menacés d'excommunions en cas de refus de se ranger aux ordres. Néanmoins, la plus grande partie des officiels de l'Eglise en Chine à cette époque semblent avoir plutôt soutenu une ligne nationaliste.

 Trois ecclésiastiques furent excommuniés: un prêtre, Li Ying Dao pour avoir conforté les blessés chinois sur le front coréen en disant la messe et en donnant les sacrements, Li Wei Jiang qui est devenu ultérieurement évêque de Nanjing qui avait approuvé l'expulsion du nonce pontifical Monseigneur Ribeiri en 1951, et Tong Guan Jing pour s'être laissé élire évêque par une assemblée d'ecclésiastiques et de moines à Wuhan.

 Il semble qu'en 1960 seules deux sœurs étaient encore présentes à l'Eglise catholique du Sacré Cœur à Beijing.

 Les laïques chinois se sont ralliés majoritairement à l'élément patriotique de l'Eglise.

 Malgré une amélioration de traitement par rapport au nadir vécu pendant la révolution Culturelle, les points de conflits entre le Gouvernement chinois et le Vatican restent fondamentaux et ils n'ont toujours pas échangé d'ambassadeurs.

 Le Gouvernement chinois refuse de s'en remettre à l'autorité papale pour la désignation des évêques. Mais les camps font des gestes d'apaisement; par exemple, dans plusieurs cas, des évêques désignés d'abord par les autorités chinoises ont été reconnus ensuite par le Vatican.

 Lorsque des conflits surviennent entre la doctrine de l'Eglise et la loi chinoise, le Gouvernement exige des ecclésiastiques qu'ils se rallient à la politique étatique.

 Il semble que les conflits entre catholiques patriotiques et papistes aient quelques fois viré vers la violence.

4.2.1. - L'époque de Mao Zedong

 Dès 1937, le Pape Pie XI avait pris position contre le communisme dans la lettre Encyclique Divini Redemptoris mais les officiels de l'Eglise ne connaissaient que peu le Parti Communiste chinois.

 Nonobstant ces brimades subies par les clercs et les laïques catholiques, l'envoyé du Pape en Chine, l'Archevêque Antonio Ribeiri ne s'est pas enfui à Taiwan comme la plupart des autres diplomates mais son maintien sur le territoire ne lui a pas attiré la faveur des communistes.

 En 1952 le Pape Pie XII a écrit une lettre apostolique à l'intention des catholiques chinois, intitulée Ad Sinrum Gentem, qui les encourageait à résister aux appels des communistes.

 Le 30 novembre 1950, un prêtre catholique chinois, Wang Liangzuo, a lancé à partir de Guangyuan dans le Sichuan un appel à rompre avec les forces impérialistes et à l'instauration d'une église catholique chinoise autonome. Le 11 janvier 1951 à Tianjin, il a été établi le premier Comité catholique de promotion de la Révolution pour promouvoir les trois indépendances (d'administration, de soutien et de propagation). Le 17 janvier 1951, le Premier Ministre Zhou Enlai, a exprimé le soutien du Gouvernement à ce mouvement.

 Mais les séminaires ont graduellement dû fermer et en 1955, il n'y en avait plus sur le territoire chinois.

 A partir du mois de septembre 1955, le gouvernement a organisé une rafle des ecclésiastiques et laïques catholiques à travers tout le pays. Plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées. Plusieurs des prêtres sont morts pendant leur captivité et deux de ces premiers arrêtés étaient encore en prison à l'aube du 21ième siècle.

 Pourtant entre 1949 et 1955, le Pape a pu nommer 18 évêques chinois et l'Evêque de Shanghai, Monseigneur Gong Pinmei, a continué à ordonner des prêtres jusqu'en 1955.

 En 1957, le Cardinal Fumasoni-Biondi a écrit à la Diocèse de Shanghai dotant les prêtres « de tous les pouvoirs nécessaires pour exercer effectivement leurs obligations pastorales alors qu'ils sont dans l'incapacité de communiquer le responsable local de l'Eglise ».

 En 1958, les relations entre l'Eglise et l'Etat chinois ont pris un tournant conflictuel.

 Pendant la campagne dite de l'Eclosion des cent fleurs initiée par Mao Zedong en 1957, de nombreux membres de l'Eglise chinoise ont exercé leur liberté de parole retrouvée et certains caciques ont même pu rencontrer Zou Enlai. Mais ce dernier n'a pas prévalu dans les luttes politiques qui ont mené à une répression de la campagne. A la fin, les membres de l'Eglise se sont retrouvés visés par la réaction contre l'ensemble des « droitistes ».

 En 1957, quelques évêques et quelques dizaines de laïques ont alors créé un Comité pour établir The Chinese Catholics' Patriotic Association dont la première réunion s'est tenue à Beijing le 15 juillet 1957. L'assemblée a élu un président et 8 vice-présidents, tous chinois. Tout en réitérant leur soumission à l'autorité du Pape sur les questions ayant trait à la foi et au droit canonique, tout en rompant leurs liens politiques et économiques.

 En 1958, le gouvernement a demandé à l'Eglise chinoise de rompre avec les pays étrangers. En échange, le gouvernement chinois promettait la liberté de religion. Le conflit s'est cristallisé autour de la désignation des évêques et leur approbation par Rome. A travers l'Eglise Patriotique, le gouvernement et ses partisans proposaient des candidats et exigeaient des catholiques et de leurs clercs qu'ils en reconnaissent l'autorité alors qu'ils prêtaient serment de « résister aux encycliques contre-révolutionnaires du Vatican ». Ceux qui refusaient de se soumettre étaient emprisonnés.

 La réaction de Rome a été nuancée. En effet, tout en émettant une Encyclique Ad Apostolorum Principis, le 29 juin 1958 réitérant sa primauté pour la désignation des évêques, le Pape rappelle que la sanction d'excommunions relevait de l'exercice de son autorité, qui n'a finalement jamais été invoquée. Selon un avis quasi-officiel, les désignations d'évêques tout en étant illicites n'étaient pas pour autant nulles.

 A partir de 1958, les prêtres et évêques qui ne coopéraient pas avec le gouvernement étaient emprisonnés ou envoyés dans des camps de travail. Les prêtres restants dans les Eglises étaient trop peu nombreux pour assurer la vie apostolique. L'Eglise en Chine se dépérissait.

 Une seconde assemblée de la CPA a été tenue le 6 janvier 1962 à Beijing. Entre autres délibérations, l'assemblée a appelé à la mise en œuvre de l'obligation de créer une Eglise « indépendante et autonome ».

 Malgré son déclin, l'Eglise Patriotique a fait consacrer 50 nouveaux évêques sans l'aval du Pape entre 1958 et 1963. Pendant cette période, les participants à la consécration des évêques désavouaient sous serment le contrôle du Pape et soutenait une administration indépendante de l'Eglise chinoise.

 En tout cas, l'Eglise au milieu des années 1960 « avait perdu toute son influence sur la société ».

 Mais cette soumission à l'autorité gouvernementale n'a pas été récompensée au cours des vicissitudes de l'histoire. En effet, la Révolution Culturelle a balayé ce qui restait de la présence catholique. Les caciques de l'Eglise ont été assimilés par les Gardes Rouges honnis aux cadres du Parti, et ainsi Monseigneur Zhang, Evêque de Shanghai a été traîné à travers les rues de la ville, en étant obligé de porter une pancarte autour du cou et il a été soumis à divers mauvais traitements. Pendant la Révolution culturelle, toutes les églises, c'est-à-dire celles de l'Eglise Patriotique ont été fermées, si ce n'est, détruites par les Gardes Rouges. Toutes les activités religieuses ont cessé. Les prêtres de l'Eglise Patriotique ont été envoyés à la campagne. Nombre d'entre eux ont renié leurs vœux en se mariant, souvent sous la coercition des autorités. Deux de ses Evêques, incapables d'assumer leur sort, se sont suicidés à cette époque alors qu'un Evêque et deux prêtres ont été exécutés au début de 1970 à la prison Taiyuan dans la Province de Shanxi. Cette même année, l'Eglise Nantang à Beijing a été rouverte pour accueillir la communauté étrangère et le dernier des missionnaires étrangers détenus en Chine a été relâché.

4.2.2. - La réforme et l'ouverture sous Deng Xiaoping

 L'arrivée au pouvoir en 1978 de Deng Xiaoping conduira à une amélioration de la situation de l'Eglise ainsi que de celle de ses adeptes. En mai 1978, deux hauts dignitaires de l'Eglise Patriotique sont nommés au Chinese People's Political Consultative Conference. En décembre de la même année, la 3ième Réunion Plénière du 11ième Parti Communiste Chinois a adopté la politique des 4 modernisations, ce qui a suffi pour que les autorités locales commencent à laisser rouvrir les Eglises. Graduellement, les prêtres encore emprisonnés seront libérés. Le 21 décembre 1979, l'Eglise Patriotique a fait consacrer un nouvel évêque à Beijing. A partir de 1980, les évêques étaient consacrés sans obligation de prêter serment de désaveu du Pape. En 1980, les conditions des contacts des catholiques chinois avec l'étranger ont été assouplies  En 1981, un Secrétaire d'Etat du Vatican a rencontré à Hong Kong Monseigneur Deng Yiming, Evêque nommé par le Pape en 1950, emprisonné en 1958 et remis en liberté en 1980. Finalement, l'Eglise Patriotique décidera de s'opposer à la reprise de ses fonctions par Monseigneur Deng qui mourra aux Etats-Unis en 1995.

 L'Eglise Patriotique connaîtra à partir des années 1980 un certaine renaissance parmi le public chinois. L'Eglise Patriotique recensait lors de sa 4ième assemblée en 1986 quelque 2,000 églises, chiffre qui a été doublé en 6 ans.

 En mai 1980, quelque 200 délégués de l'Eglise Patriotique provenant de la Chine entière ont tenu a 3ième assemblée plénière. A cette occasion, les structures de l'Eglise en Chine ont été modifiées et une nouvelle  constitution a été adoptée. A la suite de cette assemblée, il a été tenu avec le consentement des autorités la première réunion de la Catholic Representatives Assembly. Cette dernière a instauré deux nouvelles organisations: la Chinese Catholic Church Administrative Committee et la Chinese Catholic Bishops' Conference dont les membres ont été désignés par la Catholic Representatives Assembly. La CCPA a été déchargée de ses missions afférant à la pratique du culte à l'intérieur de la Chine, devant désormais se concentrer sur les relations avec l'Etat chinois ainsi que sur celles avec l'étranger. Des réunions consécutives de la CCPA et de la Catholic Representatives Assembly ont été tenues en 1986 et en 1992 les réunions ont été télescopées.

 Selon le règlement constitutionnel du Church Administrative Committee adopté en 1980, l'organe suprême est la National Catholic Representatives Assembly (article 3) dont la mission première a consisté à favoriser le développement d'une Eglise « autonome et indépendante ».

 Il revient au Conseil des Evêques « d'étudier et d'expliquer les doctrines de la foi, d'appliquer la discipline ecclésiastique, d'échanger les expériences pastorales et de promouvoir les relations avec les églises hors de la Chine » et il semble exercer une influence sur les nominations aux diverses fonctions au sein de l'Eglise chinoise.

 En 1992, la National Catholic Representatives Assembly, comprenant quelque 272 délégués, a adopté une importante réforme des structures de l'Eglise Patriotique. Le nombre des organes de l'Eglise a été réduit à deux (la Chinese Catholic Patriotic Association et le Conseil des Evêques) par la soumission du Church Administrative Committee à l'autorité du Conseil des Evêques lequel a adopté son propre règlement constitutionnel. La Chinese Catholic Patriotic Association est une organisaiton de masse réunissant le clergé et les fidèles dont le rôle est d’unir les catholiques et aider à la réalisation de la politique des tois autonomies et de l’inculcation du patriotisme.

 Le Conseil des Evêques est reconnu comme le représentant de l'Eglise Patriotique. Il a la charge d’assurer le respect des activités religieuses avec la politique des « trois autonomies ».

 Le Conseil des Evêques chinois est doté du pouvoir de désigner les évêques, faculté qui relève généralement de la compétence exclusive du Pape.

 Alors que les Conseils des Evêques dans les autres pays soumettent leurs constitutions et leur règlement de fonctionnement à Rome, le Conseil des Evêques en Chine est soumis plutôt à l'autorité de la National Chinese Catholic Representative Assembly.

 L'Eglise en Chine connaîtra alors un virtuel schisme avec l'émergence d'un mouvement réfractaire, fidèle dans la clandestinité au Pape. En effet, tous les prêtres n'acceptaient pas de reprendre leur collaboration avec des prêtres qui s'étaient entre-temps mariés ou, pire, qui avaient renié le Pape, ou encore qui avaient témoigné contre d'autres prêtres.

 L'opposition de l'Eglise Patriotique au Monseigneur Deng a déplu à une part des fidèles, laquelle réaction a été amplifiée quand le gouvernement a cherché à obtenir de tous les membres de l'Eglise une déclaration critiquant le Pape pour son soutien à Monseigneur Deng. Les rangs des prêtres clandestins ont été nourris en partie par les anciens prisonniers des purges des années 1950.

 Le Saint-Siège a apporté sa pierre à l'édifice clandestin en en investissant le clergé et les fidèles chinois de facultés et de privilèges extraordinaires. Par exemple, contrairement à la pratique générale de l'Eglise, les prêtres ont été libérés de toute limitation de leurs actions pour la foi au seul diocèse de leur rattachement. Les évêques obtenaient l'autorisation d'ordonner des prêtres alors même qu'ils manqueraient de formation théologique.

 En 1982, l'Eglise Patriotique a également mal pris une lettre du Pape destinée à l'ensemble des fidèles à travers le monde les appelant à prier pour l'Eglise chinoise y voyant une ingérence dans les affaires internes de la Chine.1 Par contre, cette même année, une phrase rayée des livres de prières depuis les années 1950 a été progressivement sur le territoire réintégré, s'agissant de la prière pour le Pape.

 Monseigneur Fan Xueyan, du diocèse de Baoding dans la Province de Hebei est souvent crédité pour le lancement de l'Eglise clandestine. Remis en liberté en 1979, mais empêché de tout contact avec le Vatican, il a pris deux ans plus tard la décision de consacrer trois évêques.

 Jusqu'à son nouvel emprisonnement en 1983, Monseigneur Fan a continué à ordonner des prêtres et consacrer des évêques dans la clandestine avec le soutien tacite du Vatican. D'autres évêques ont suivi son initiative après leur remise en liberté. En tout, il est estimé selon des sources sérieuses que quelque 80 évêques ont été ordonnés dans la clandestinité au cours de la période 1980-1993.

 Les activités qualifiées de « clandestines » le sont en ce sens qu'elles ne sont pas pratiquées dans le cadre de l'Eglise Patriotique mais elles n'étaient pas nécessairement occultes ou secrètes. Par exemple, quelque 7.000 personnes ont assisté en 1988 aux funérailles de Monseigneur Zhu Yousan du diocèse de Baoding, 5.00 ont assisté, malgré l'opposition policière, aux funérailles tenues la même année de Monseigneur Zhou Shangfu dans le Province de Hebei.

 Le 21 novembre 1989, quelques évêques, prêtres et fidèles de l'Eglise clandestine ont tenu dans le Village de Zhangerce dans le Conté de Gaoling dans la Province de Shaanxi pour fonder un Conseil des Evêques propre à l'Eglise clandestine.1 Les autorités ont aussitôt arrêté les ecclésiastiques participants à cette réunion qui ont été condamnées par la suite à des peines d'emprisonnement qui ne se sont achevées pour certains qu'en 1993.

 Le Vatican est resté muet face à ces événements mais selon certains observateurs le Saint-Siège cherchait surtout à minimiser l'exposition de ses fidèles aux brimades des autorités chinoises. En 1988, le Cardinal Josef Tomko, Préfet de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples a publié les « Huit Directives » à destination de l'Eglise chinoise réaffirmant la nécessité pour se considérer « catholique » d'une communion avec le Pape sans pour autant invalider nécessairement les ordinations pratiquées par l'Eglise Patriotique ou des sacrements administrés par son clergé et reconnaissant les enseignements théologiques dispensés par les séminaires de l'Eglise Patriotique à condition qu'ils ne soient pas opposés à ceux de l'Eglise romaine.

 Ainsi, la politique gouvernementale a toujours été traversée par des attitudes variées à l'égard de l'Eglise clandestine.

 Les fidèles catholiques eux-mêmes participent souvent aux activités des deux églises et même les prêtres des deux bords considéreraient qu'il n'y a de toute façon qu'une Eglise universelle. La rupture ne serait consommée entre les deux églises que dans certaines zones des Provinces de Hebei, de Fujian et de Zhejiang (en particulier dans la ville de Wenzhou).

 Au début des années 1980, l'Eglise Patriotique ne reconnaissait pas l'existence d'une église clandestine. Ce n'est qu'en 1988 qu'un Evêque de Shanghai a publiquement constaté la popularité croissante de l'Eglise clandestine.1 A cette époque, les principaux foyers des activités clandestines sont supposées être situés dans les Provinces de Hebei, de Shanxi, de Shaanxi, de Gansu, où le nombre des fidèles à l'Eglise clandestine dépassaient le nombre d'adhérents à l'Eglise Patriotique.

 A partir de 1988, Monseigneur Fan Xueyan a fait circuler très largement à travers le pays ses 13 critiques de l'Eglise Patriotique remettant en cause, par exemple, la légitimité religieuse de leur célébrations des sacrements et demandant la restitution des biens immobiliers de l'Eglise catholique. Quelques mois plus tard, Monseigneur Fan a été rejoint par un critique beaucoup plus embarrassant car cacique de l'Eglise Patriotique, s'agissant de Monseigneur Ma Ji du Diocèse de Pingliang dans le Gansu.

 Le 17 février 1989, le Bureau Central du Parti et celui du State Council ont communiqué une circulaire au United Front du gouvernement Central et au Religious Affairs Bureau du State Council visant spécifiquement l'Eglise catholique. Ce Document fait état de la nomination de 25 évêques clandestins et de l'ordination de 200 prêtres clandestins dispersés sur 17 provinces.

Les groupes religieux clandestins ont été formés dans les provinces de Hebei, Fujian, Shaanxi, et à Wenzhou dans le Zhejiang ainsi qu'à Tianshui dans le Gansu. Ils constituent des forces politiques qui défient le Gouvernement et autant d'éléments susceptibles d'affecter sérieusement à la sécurité publique.

 Sur la normalisation des relations avec le Vatican, ce Document ajoute à la condition traditionnelle que le Vatican ne s'immisce pas dans les affaires internes chinoises une nouvelle condition exigeant que le Vatican rompe ses relations avec Taiwan et adhère au principe de la Chine unique. Les autorités doivent rechercher des solutions aux litiges concernant les biens immobiliers de l'Eglise, notamment en prenant à l'Eglise ses biens si ce n'est que pour lui permettre de subvenir en indépendance à ses besoins matériels tout en encourageant les catholiques à rechercher le soutien d'investisseurs étrangers.

 Au moment des événements à la place Tian An Men au printemps de 1989, les Eglises Patriotique et clandestine sont restées neutres. Pourtant, le State Council a émis le 2 février un document intitulé « On Some Problems Concerning Further Improving Work On Religion », plus souvent connu sous la désignation « Document 6 ». Il vise les éléments hostiles venus de l'étranger qui utilisent la religion pour s'infiltrer dans le pays et y entreprendre des activités conter l'intérêt national.Il y est reconnu que le respect de la liberté de religion est diversement respectée sur le territoire e reproche à certaines autorités locales de ne pas suffisamment respecté ce principe constitutionnel.

 Le 4 août 1991, le National Education Committee a émis un document intitulé « Notice on the Prevention of Some Persons Using Religious Activities to Hinder School Education ».1 Son but était de renforcer la séparation de la religion et de l'éducation.

 Une seconde réunion de l'Eglise clandestine a été tenue au mois de juillet 1993 dans le nord de la Chine et a attiré une dizaine de personnes. A la liste usuelle des demandes afférant à la liberté de religion apparaît pour la première fois une demande que les familles catholiques ne soient pas obligées d'accepter les interruptions de grossesse.

 Les catholiques financent eux-mêmes la construction de leurs églises dont quelque 4.000 avaient rénové et construits jusqu'au milieu des années 1990 avec une assistance étrangère ne dépassant pas 5% des budgets.

 Jusqu'en 1980, les catholiques n'avaient qu'une organisation, la Chinese Catholic Patriotic Association qui a alors établi le Catholic Church Administrative Committee ainsi que le Bishops' Conference. Chaque organisation avait ses propres responsabilités et les trois fonctionnaient en parallèle. Sous l'impulsion du parti, cette configuration a été modifiée en soumettant le Catholic Church Administrative Committee à la Bishops' Conference et érigeant la Bishops Conference en « essence de la Chinese Catholic Church », en directeur de ses activités et son représentant officiel vis-à-vis de l'étranger.

 La Chinese Catholic Patriotic Association est l'organisation nationale composée de membres du clergé ainsi que de laïques, dont la vocation consiste à assister le Parti et le Gouvernement pour la mise en œuvre de la politique de liberté religieuse de promouvoir les œuvres sociales. L'autorité suprême de la Chinese Catholic Church est le National Congress of Representatives qui est doté des pouvoirs d'élire le comité exécutif de la Bishops' Conference, son président, son vice-président et son secrétaire général, la composition de la direction de la Patriotic Association et la préparation de rapports à l'attention de Bishops' Conference et de la Patriotic Association.

 Les Catholic Patriotic Associations et les Church Administrative Committees sont également organisés au niveau provincial qui sont élus par des Congrès de représentants. Leurs activités sont encadrées par les National Patriotic Association et la Bishops' Conference.

 Selon le Document N° 3 des Comités Centraux du Bureau du Parti et du State Council promulgué le 20 février 1989:

Nous désignons comme « clandestin » les évêques ordonnés secrètement par le Vatican et les prêtres que ces évêques ont à leur tour ordonnés et qu'ils contrôlent. Ces personnes constituent l'ossature du mouvement. La plupart d'entre eux croient au pape et désapprouvent l'administration indépendante et autonome de l'Eglise. Seulement une petite minorité utilise la religion comme prétexte pour s'opposer au Parti et au gouvernement, pour semer le désordre et inciter les autres à en faire de même. Nous devons utiliser tous les moyens fiables pour augmenter notre contrôle sur eux.Nous devons gagner à notre cause la majorité en isolant les sources de problèmes et appliquant une pression constante contre les réactionnaires. . . . Nous devons ériger en exemple de ces individus clandestins qui continuent leur opposition entêtée malgré les efforts patients du Gouvernement pour les convaincre et qui continuent à créer des problèmes au sein de la communauté catholique et qui portent atteinte à l'ordre social. Nous devons exposer publiquement leurs crimes et traiter sévèrement en application de la loi.

 Selon le Département d'Etat des Etats-Unis, le Comité Central du Parti Communiste a décidé en 1999 de resserrer les contrôles sur l'Eglise Catholique Patriotique et d'éliminer complètement l'Eglise clandestine. À cet effet, les autorités ont procédé à de fréquentes mutations de personnel.

 Le premier octobre 2000, le Pape a canonisé 120 martyrs en Chine, dont de nombreux tués pendant la Rébellion des Boxeurs.

 Le Gouvernement chinois a considéré le geste d'autant plus provocant que le jour choisi pour la célébration a correspondu à la fête nationale chinoise.

 Les ecclésiastiques refusant de critiquer le geste du Vatican ont été sanctionnés. Les autorités ont obligé les séminaristes catholiques à Beijing à suivre des cours d'instruction politique. Des opposants ont perdu leurs postes.Les enseignants étrangers au séminaire catholique officiel à Xian ont été obligés de quitter le pays.

 Le Secrétaire du Gouvernement américain dans son rapport sur la liberté de religion à travers le monde a relevé en 2001 une importante campagne d'élimination des églises clandestines notamment dans la zone autour de Wenzhou à l'est du pays. Selon de nombreux reportages dans la presse locale chinoise, dont état a été fait dans la presse américaine, les autorités à Wenzhou sur la côte est du pays ont démoli un millier de sites religieux.

 Dans la Province de Hebei, les confrontations entre les autorités et les catholiques clandestins ont été particulièrement rudes. En 2003, le Département d'Etat américain a observé que

de nombreux prêtres et chefs laïcs catholiques ont été battus ou autrement abusés au cours de l'année. . . Les autorités de Hebei ont obligé de nombreux prêtres et fidèles clandestins à choisir entre l'Eglise Patriotique ou des amendes, la perte de son travail, la détention, et l'exclusion de leurs enfants de l'école.

 On recenserait plusieurs ecclésiastiques catholiques en détention dans la Province de Hebei: Monseigneur An Shuxin, Monsieur Zhang Weizhu, les Pères Cui Xing et Wang Quanjun et jusqu'en 2003, il n'y avait pas de nouvelles de l'évêque Su Zhimin supposé avoir été arrêté, bien que les autorités le nient.

 En 2002, à la veille de la Semaine Sainte, Monseigneur Jia Zhiguo a été arrêté et détenu pendant plusieurs jours, présomptivement pour le persuader de se soumettre à l'Eglise Patriotique. Le Département d'Etat dans son rapport 2002 cite de nombreuses organisations non gouvernementales comme témoignant de cas d'arrestations et de brimades physiques infligées à des chefs spirituels ainsi qu'aux fidèles catholiques dans la Province de Hebei.
 
 Dans la Province de Fujian, il y a eu une campagne générale de répression en 1999 et 2000 qui se serait estompée à partir de 2001, encore que l'arrestation de deux prêtres clandestins avaient déconcerté les fidèles dans la clandestinité. A Fuzhou, le vieil évêque Yang Shudao a été arrêté en février 2000 et les autorités ayant annoncé qu'il serait en cours de soins médicaux bien qu'il n'y ait encore eu aucun contact direct depuis l'extérieur par des organisations fiables.

 En Jiangxi, l'évêque clandestin Zeng Jingmu après sa sortie de détention en 1998 est réputé avoir été arrêté de nouveau en 2000 mais les autorités ne nient alors en tout cas qu'il n'y a aucune nouvelle de l'intéressé.

 A Shanghai, selon le Département d'Etat américain, Monseigneur Joseph Fan Zhongliang restait en 2003 sous contrôle et ses déplacements étaient quelques fois restreints.

 A Beijing à la veille de la Semaine Sainte en 2001, les autorités ont arrêté Monseigneur Shi Enxiang et bien qu'elles ont annoncé sa rapide remise en liberté, il n'y avait aucune nouvelle de lui jusqu'en 2003.

 Selon le Livre Blanc du gouvernement chinois publié en 2002, cité par le Département d'Etat, International Religious Freedom Report 2002: China (includes Hong Kong and Macao), il y aurait « quelque 37 évêques opérant dans la clandestinité, dont 10-15 sont éventuellement en prison ou sous rétention à domicile ».

 Les relations entre l'Eglise Patriotique Catholique et l'Eglise Catholique à Hong Kong sont interdites par les autorités chinoises.

4.3. - La situation des protestants

 Les cultes protestants posent moins de problèmes aux autorités chinoises que l’Eglise catholique car ils sont beaucoup plus fragmentés que cette dernière.

 Les activités liées à la pratique des cultes protestants sont soumises à l’égide de deux organisations : le China Christian Council qui s’implique directmetn dans les faffaires pastorales et le Three Self Patriotic Movement qui s’intéresse aux relations entre les églises individuelles et l’Etat. Ses objets comprennent l’encouragement du patriotisme, marmi les fidèles, le renforcemetn de l’unité parmi les chrétiens, la protection de l’unité et de la stabilité nationales, le développement spirituel et matériel sous l’inspiration du Parti Communiste et du Gouvernement.

 Dans son rapport afférant à l'an 2002, le Secrétaire d'Etat américain observe des cas de poursuites contres des « cultes » affiliés au protestantisme. Ainsi en décembre 2001, Gong Shengliang, fondateur de la South China Church et sa nièce Li Ying ont été condamnés à la peine capitale entre autres raisons pour viol alors que deux témoins à charge ont ultérieurement renier leurs accusations qualifiées de forcées par les autorités. Le Département d'Etat cite par ailleurs l'arrestation à Liaoning du prédicateur Li Baozhi fondateur de l'Eglise Full Scope qui a été condamné à 2 ans de rééducation par le travail, alors que deux fidèles du groupe ont été condamnés à des peines d'un an de rééducation par le travail.

 Le Secrétaire d'Etat américain cite dans son rapport 2002 plusieurs cas d'emprisonnement de « cultes » assimilés au protestantisme, dont Shui Xinlong, Wang Maochen et d'autres chefs de la Société des Disciples (Mentu Hui) à Lintao dans le Gansu, et Qin Baocai et Mu Sheng, des fidèles du prédicateur protestant clandestin Xu Yongze désigné dans le rapport annuel de 1997 par le Gouvernement comme « culte ». Les autorités ont accusé le groupe de prêcher l'imminence de l'Apocalypse et d'avoir organisé des manifestations d'auto flagellation en public, ce qui est nié par les adeptes emprisonnés et libres.

 Le 8 décembre 2002, à Shanghai, une vingtaine de chrétiens réunis dans le domicile d'un fidèle a été arrêté mais le chef spirituel, Xu Guoxing a été condamné sans procès pénal à 3 ans de rééducation par le travail.

 Le 5 février 2003, dans la Province de Fujian à Xiamen, trois membres de la Blood and Water Holy Spirit Full Gospel Preaching Team ont été condamnés à 7 d'emprisonnement pour avoir « utilisé une organisation ayant le caractère de culte pour violer la loi ». Ce mouvement a été fondé à Taiwan en 1996 et a été banni en Chine en tant « qu'organisation d'infiltration illicite ».

 L'Eglise des Latter Day Saints (l'Eglise mormone) tient des assemblées dans diverses villes chinoises mais seuls les étrangers sont autorisés à y participer.
 

5. - Conclusion

 Faut-il conclure que la Chine viole la liberté de religion selon son sens en tant que droit fondamental protégé par le droit international public ?

 La Chine a signé et ratifié le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels qui en son article 2 (2) proscrit toute discrimination fondée sur la religion dans l'application des autres droits garantis par la Convention. Son article 13(3) garantit aux parents le droit « d’organiser l’éducation religieuse et morale selon leurs propres convictions ».

 Le Gouvernement n'accueille plus le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la liberté de religion ou de conviction pour y effectuer des visites conformes à son mandat. Le dernier rapporteur sur l’intolérance religieuse ayant visité la Chine a dressé en 1994 un rapport tellement critique que les autorités ont apparemment préféré ne pas renouveler l’expérience.
 
 Selon Human Rights Watch/Asia, dans son rapport « China : State Control of Religion », publié en 1997, la réglementation chinoise violerait en plusieurs points les articles 18 , 19  et 20  de la Déclaration universelle des droits de l’homme.  Elle violerait également les dispositsion d’une résolution adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies, la « Déclaration concernant l’élimination de toutes formes d’intolérance et de discrimination sur la base de la religion ou de la foi ».

 Dans son rapport sur la liberté de religion à travers le monde en 2002, le Secrétaire d'Etat américain conclut que dans certaines régions, les autorités chargées de la sécurité ont utilisé les menaces, la démolition de biens non enregistrés, l'extorsion d'amendes, les interrogatoires, la détention et quelques fois les coups et la torture pour harceler les personnalités et les fidèles de religions clandestines.

 Un an plus tard, le Secrétaire d'Etat américain  conclut qu'il y a eu des « dizaines de cas de fermeture de mosquées, de temples, de séminaires, d'églises clandestines, dont certaines disposant de nombreux fidèles, et des biens, des ressources financières et des réseaux importants ». Les autorités à Beijing et dans les Provinces de Henan, Shandong, Guangxi et Hebei auraient été particulièrement actives et sévères.

 

ANNEXE

La vie religieuse et chrétienne en Chine contemporaine
 

 Il y a aurait en Chine contemporaine quelque 100 millions de pratiquants de l'une ou l'autre des religions présentes sur le territoire.

 L'adhésion à des églises organisées au sens judéo-chrétien n'est pas un phénomène répandu dans la Chine contemporaine. Mais, à cause des importantes concentrations de certaines minorités dans des zones précises, comme les musulmans dans la Province de Xinjiang et les bouddhistes dans la Région Autonome du Tibet, la régulation de la religion revêt pour l'Etat une importance stratégique.

 Les estimations, même officielles, des paramètres des activités religieuses s'avèrent très variables.

 Selon le Parti Communiste, il y avait à la Libération en 1949 quelque 8.000.000 de musulmans, nombre qui a été augmenté à 10.000.000 en 1981 en corrélation avec l'augmentation des populations d'ethnies minoritaires. Alors qu'il y avait à la Libération 2.700.000 catholiques, leur nombre en 1981 correspondait à 3.300.000. Le nombre de protestants avait augmenté au cours de la même période de 700.000 à 3.00.000. Le bouddhisme et le taoïsme continuent à exercer une « influence considérable » sur le peuple han et attire l'adhésion des l'intégralité des populations tibétaines et mongoles et de minorités dans le Liaoning. Le Parti reconnaît par ailleurs que même parmi le peuple han beaucoup croient aux esprits sans pour autant qu'un grand nombre s'affilient à une religion. Toute augmentation du nombre absolu des croyants depuis la Révolution est relativisée en faisant remarquer que le pourcentage de la population totale pratiquant des religions a en fait baissé au cours de la période. Le Parti reconnaissait aussi en 1982 59.000 « professionnels de la religion », dont 27.0000 moines  et nonnes bouddhistes, 2.600  prêtres et sœurs taoïstes, 20.000 membres du clergé musulman, 3.400 membres du clergé catholique, et 5.900 membres du clergé protestant. À la Libération, le Parti recensait quelque 100.000 lieux d'activités religieuses, la baisse à 30.000 en 1982 correspondant surtout à la dévastation infligée aux sites pendant la Révolution Culturelle.

 Au moment de la prise de pouvoir par les communistes en 1949, la plus grande concentration de catholiques se trouvait à Shanghai où l'on a recensé une communauté de plus de 110,000 dans le diocèse local. Après son anéantissement pendant la Révolution Culturelle, l'Eglise est ressuscitée à la suite de la réorientation de la politique gouvernementale et le nombre d'adhérents à l'Eglise Patriotique avait atteint en 1988 selon les estimations officielles 3 à 4 millions, 8 millions selon des estimations officieuses fiables. Au milieu des années 1980, l'Eglise Patriotique annonçait l'adhésion de quelque 3,5 à 4 millions d'adultes, excluant de ses chiffres donc les enfants. De nombreuses autres sources concordent sur des estimations de quelque 10 millions de fidèles en tout à cette époque.

 Le protestantisme a été introduit en chine 1807 par un pasteur britannique. Actuellement 70% de ses quelque 16 millions de pratiquants habitent à la campagne.

 Depuis 1949, le nombre de protestants en Chine a décuplé, désormais dépassant largement la population catholique. Depuis les années 1980, environ 600 églises protestantes ont été ouvertes par an, mais selon certaines sources, les demandes d'ouverture même par les églises patriotiques ne sont pas toujours acceptées.
 
 

 
 Introduction Nombre de sites Nombre de clergés Nombre de fidèles
Bouddhisme dont
- Tibétains
- Palis Ère de JC 13.000

3.000
1.600 200.000

120.000
10.000
Taoïsme 500
avant JC 1.500 25.000
Islam 700 30.000 40.000 18.000.000
Catholicisme 700 5.400 4.000 5.000.000
Protestantisme 1800 37.000 18.000 10.000.000
Total  86.900 287.000 100.000.000
People’s Daily,
http://english.peopledaily.com.cn/features/religion/religion1.html
 

 Nombre de sites Nombre de clergés Nombre de fidèles
Bouddhisme
- Dont tibétains
- Dont palis 16.000 320.000 104.000.000
Taoïsme 1.000 10.000
Islam 35.000 45.000 20.000.000
Catholicisme
Patriotique 5.400 5.000 5.200.000
Catholicisme
Fidèle à Rome   5.200.000 à
10.400.000
Protestantisme
Patriotique 25.000 20.000 10.400.000 à
15.600.000
Protestantisme
clandestin   31.200.000 à 84.500.000
Total 100.000 300.000 174.200.000 à
237.900.000
Source : Livre Blanc du Gouvernement chinois publié en 2002, cité par le Département d’Etat, International Religious Freedom Report 2002: China (includes Hong Kong and Macao).Selon un Livre Blanc du State Council publié en 1997, il y avait alors 4 millions de catholiques et 10 millions de chrétiens dans le pays.

 On dénombrerait quelque 30.000 sites religieux « à domicile » où les chrétiens pratiquent ensemble.

 Un éditeur de bibles en Chine fonctionnant sous forme de «société en coopération (« he zuo qi ye ») avec une organisation religieuse étrangère a imprimé depuis 1987 quelque 25 millions d'exemplaires y compris dans plusieurs langues étrangères et langues de minorités locales. Ces bibles sont vendues surtout dans les églises patriotiques. Certains pratiquants dans les églises clandestines refusent de s'y approvisionner car l'achat peut impliquer l'établissement d'une quittance et donc le besoin de s'identifier. Le manque de bibles est chronique dans les milieux ruraux.

 La religion catholique en Chine est caractérisée par un schisme entre les adhérents de l'Eglise Patriotique et ceux prêtant allégeance au Vatican qui sembleraient, selon certaines estimations, se répartir à peu près en parts égales les quelque 10 millions de pratiquants. Entre 1958 et 1995, 126 évêques catholiques ont été nommés et tous les ans une petite centaine de prêtres catholiques est ordonnée. Selon le Livre Blanc du Gouvernement chinois publié en 2002, cité par le Département d'Etat, International Religious Freedom Report 2002 : China (includes Hong Kong and Macao), le Gouvernement chinois dit avoir approuvé 69 évêques catholiques actuellement en exercice.

 En l’an 2000, on a recensé 2.200 prêtres catholiques dont les troisuarts ordonnés depuis 1988. L’âge moyen des évêques 78 ans. Il y aurait 19 séminaires et cinq centres préparatoires intégrant quelques 1.000 séminariens. Il y en aurait encore 700 dans les séminaires clandestins.

 Plus de 3.000 fidèles assistent à l'office protestant tous les dimanches dans l'église de Chongwenmen à Beijing où George Bush et Bill Clinton ont assisté à des célébrations religieuses.

 La capitale chinoise comporte quelque 17 églises catholiques. Les fidèles sont au nombre d'environ 2.000 à la Messe dominicale célébrée à la Cathédrale catholique de Nantung à Beijing.

 A l'Eglise protestante de Gangwashi à Beijing on vendrait quelque 20.000 bibles par an et plus encore d'autres livres à caractère religieux.

 Souvent les autorités coopèrent avec les organisations caritatives fournissant des services sociaux utiles en particulier pour les pauvres et les marginaux mais à condition d'éviter le prosélytisme religieux.

 Les écoles religieuses à travers le pays sont gérées par les en autonomie, dont le Chinese Catholic Seminary et le Jinling Union Protestant Theological Seminary. Ces écoles peuvent recevoir des dons de l'étranger à condition qu'ils ne compromettent pas l'indépendance de l'établissement. Dans les écoles dites religieuses, l'essentiel de la formation concerne la religion confessionnelle.

 Les organisations nationales maintiennent des relations avec des organisations de fidèles et des églises à l'étranger. Ainsi, les églises patriotiques ont envoyé des représentants aux Conférences Mondiales sur la Religion et la Paix, l'Eglise Patriotique Catholique a participé à la Journée Mondiale de la Jeunesse Catholique et le Conseil de la Chrétienté de Chine s'est affilié à la « World Council of Churches ».
 
 




DANIEL ARTHUR LAPRES

Cabinet d'avocats

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